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Et si on réveillait l’empathie ?

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Pour ce troisième #JourDuPenseur dominical de l’année, je vous propose ce qui peut apparaitre comme la suite naturelle du post de dimanche dernier (”Et si nous faisions le pari de la confiance ?“), avec le tout dernier livre du psychanalyste Serge Tisseron intitulé “L’empathie, au coeur du jeu social”.

serge_tisseronOn ne présente plus Serge Tisseron, l’un des psychanalystes Français les plus médiatiques. Serge Tisseron est psychiatre et psychanalyste, docteur en psychologie, directeur de recherche à Paris X – Nanterre. Il a publié de nombreux ouvrages personnels et participé à une quarantaine d’ouvrages collectifs. L’essentiel de son travail porte sur deux thèmes : les secrets et les relations que nous établissons avec les images. Autour des secrets de famille, il a notamment découvert un secret dans la famille de Hergé à partir de la seule étude des albums de Tintin, plusieurs années avant que la biographie de cet auteur ne soit connue et ce secret confirmé (Tintin chez le psychanalyste, 1985). Il a publié, depuis, Tintin et les secrets de famille (1990), le premier ouvrage entièrement consacré à la honte (La honte, psychanalyse d’un lien social, 1994), puis Du bon usage de la honte ( 1997), Secrets de famille, Mode d’emploi (1996) et Nos Secrets de famille (1999). Sur les relations que nous établissons avec les images, il a notamment publié Psychanalyse de l’image (1995), Le bonheur dans l’image (1996), où il interroge les relations que nous établissons avec les diverses formes d’images comme la bande dessinée, la photographie, le cinéma et la télévision, et Y a t il un pilote dans l’image (1998) où il interroge les diverses formes de lien à l’oeuvre à travers les images, et notamment les effets de violence des images. Il travaille également sur les relations que nous entretenons avec nos objets quotidiens, notamment autour de leurs fonctions de mémoire et des secrets qui peuvent y être enfouis, ainsi qu’autour de la manière dont les nouvelles technologies changent nos relations aux autres et à nous-mêmes. Il est à l’origine du mot “extimité” (repris de Jacques Lacan qui en donnait une définition différente) pour désigner le processus par lequel chacun rend visibles certaines parties de son intimité pour les faire reconnaître par son entourage (puis par les spectateurs de télévision avec l’apparition de la téléréalité, et aujourd’hui par les internautes) afin de les valoriser à ses propres yeux (L’intimité surexposée. 2001).

9782226217332_2Dans “L’empathie, au coeur du jeu social”, Serge Tisseron essaye de comprendre les raisons pour lesquelles nous pouvons si facilement renoncer à l’empathie, alors qu’elle est si profondément enracinée en nous : d’où viennent les forces qui nous en éloignent, et comment la réveiller ? Il nous rappelle dans un premier temps, combien ” la capacité d’empathie est inhérente à l’espèce humaine : elle implique de pouvoir se mettre à la place d’autrui et de ressentir ce qu’il éprouve, aussi bien pour s’attrister que pour se réjouir avec lui”. Mais l’être humain est également doté d’une faculté tout aussi grande de mettre son empathie en sommeil, comme le prouve l’histoire du siècle dernier, et de nombreuses menaces pèsent sur l’empathie : de la logique de guerre à la concurrence économique en passant par la virtualisation liée aux nouvelles technologies… qui conduisent “l’autre à devenir un étranger, ou pire un ennemi”. Serge Tisseron distingue l’empathie cognitive (compréhension d’autrui) de l’empathie affective (résonance émotionnelle). Dans son livre, il commence par nous expliquer comment l’empathie cognitive vient aux nouveaux nés, et quelles sont les étapes de son développement à la petite enfance, qui influencera grandement nos personnalités adultes : de la “pré-empathie” du bébé, qui se désolidarise bientôt des émotions de ses interlocuteurs, au désir d’ominiprésence, pour progressivement être capable de se mettre à la place de l’autre. Pour Serge Tisseron, l’empathie affective ne devient complète que lorsque nous acceptons “en ressentant ce que nous ressentons, que l’autre puisse nous fournir une représentation qui modifie la perception que nous avons de nous et, au delà, de notre vie”. Cette forme d’empathie réciproque, peut être appelée “extimisante” dans la mesure où elle met en jeu le désir d’extimité. A ce titre, l’empathie est beaucoup plus qu’un simple partage de vécus, et s’oppose à la commisération ou à la pitié. Au passage, Serge Tisseron rejoint ceux qui pensent qu’il faut cesser d’ériger l’indépendance en valeur absolue, et que la maturité peut se définir comme ” l’acceptation de notre dépendance vis à vis de ceux qui nous font du bien” et, ajoute t-il , de toutes les machines qui nous aident à vivre, car nous développons aussi de l’empathie pour les animaux, les objets, ou nos propres avatars !

La télévision peut -être destructrice d’empathie. Si les travaux de Serge Tisseron lui ont forgé la conviction que la télévision est nocive pour l’éducation des bébés, il propose de traiter les risques de perte d’empathie générés par la télévision sur les enfants de plus de 4 ans (désensibilisation, désinhibition et distorsion de la représentation du monde), par une démarche originale de dialogue à propos de la télé, par exemple en parlant empathie et compassion à nos enfants après un film “violent”. C’est ce qu’il appelle ” la phase constructrice de la violence” : quelle que soit la barbarie des situations auxquelles un homme peut-être confronté, il lui est toujours possible d’y réagir de façon humaine. Il en va de même pour les nouvelles technologies : “les espaces virtuels contribuent à renouer avec l’illusion d’omnipotence de la petite enfance”. Ils créent un état de stress souvent deshumanisé, ou des “gens sans corps” se connectent sur des sites de “non rencontre”, sans compter le risque de “surveillance généralisée de l’intimité d’autrui” qui pourrait conduire une “société de paranoïa” où personne ne fait plus confiance à personne. Loin d’être technophobe, Serge Tisseron propose de réintroduire massivement le jeu, et tout particulièrement le jeu de rôle, comme thérapie compensatrice de ces déséquilibres empathiques liés à la modernité, à l’image du “Jeu des Trois Figures” utilisé pour prévenir la violence dès la maternelle, qui devrait être, selon lui, systématisé à l’école. Pour Serge Tisseron, il est urgent d’enseigner l’empathie : “parce que l’empathie peut s’apprendre, elle doit être enseignée”. Pour lui, ce serait une erreur de penser que tous les problèmes de l’humanité viendraient d’un petit nombre de psychopathes pervers dénués de toute empathie, et “les démagogues qui dénoncent “la crise de l’autorité”, et le “pourrissement de la jeunesse” sont dangereux , car “loin de faire le constat d’une impasse, ils la fabriquent” : “aussitôt que nous vivons nos émotions comme un cheval de Troie que les autres introduiraient en nous pour nous contrôler, nous sommes menacés de leur retirer notre empathie”. Pour vivre, il faut apprendre à faire confiance, à soi, aux autres et au monde. Le capital d’empathie donné à la naissance ne suffit pas: l’empathie s’apprend et a plus que jamais besoin d’être enseignée.

empathie

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Et si nous faisions le pari de la confiance ?

Peut-être avez-vous, comme moi, suivi les conférences de Tedx Paris hier après-midi. Un grand bravo au passage aux organisateurs bénévoles, autour de @mikiane. Vous y aurez retrouvé les conférences de certains des invités de ce rendez-vous dominical #JourDuPenseur, tout particulièrement Etienne Klein, dont l’idée ” Et si le Big Bang n’était pas l’origine de l’univers ? ” avait été élue “Idée qui Tue 2010″ de ce blog, Jean-Louis Servan-Schreiber ( “Et si on luttait contre la dictature du court terme ?“), et bien d’autres, incluant Elisabeth Laville avec qui j’ai eu le plaisir de travailler au sein de l’agence fondée par Philippe Michel (CLM/BBDO), avant qu’elle ne crée Utopies. Bonne nouvelle du jour, grâce à Canal Plus, les vidéos de TedxParis sont déjà en ligne sur Canalplus.fr (cliquez ici). Je vous recommande vivement de regarder Pierre Rabhi, Etienne Parizot, Eric-Brun-Sanglard et Jean-François Noubel… juste après, bien entendu, la lecture de ce #JourDuPenseur consacré à Michela Marzano.

http://www.dailymotion.com/videoxf3qra

Pour ce deuxième #JourDuPenseur de l’année, je vous propose d’aborder un thème qui m’est cher : “La Confiance”, au travers du dernier livre de la philosophe Italienne établie en France, Michela Marzano : ” Le Contrat de Défiance”. Un livre très accessible puisant aux meilleures sources pour démontrer à quel point il nous faut faire “le pari de la confiance”, de manière lucide et raisonnée . Une thèse à laquelle j’adhère profondément, comme en témoigne une tribune libre que j’avais publiée dans Le Monde en 2006, intitulée “L’optimisme : un devoir civique”.

MARZANOMichaela Marzano est une philosophe italienne francophile née en 1970 à Rome. Après l’Ecole Normale de Pise et un cursus de philosophie à Rome, elle soutient une thèse en 1998 sur “le statut du corps humain”, et intègre le CNRS en France en 2000. Docteur en philosophie, chargée de recherche au Centre de Recherche “Sens, Ethique, Société”, et professeur à l’Université Paris Descartes, elle travaille dans le domaine de la philosophie morale et politique, et s’intéresse en particulier à la place qu’occupe aujourd’hui l’être humain, en tant qu’être charnel. L’analyse de la fragilité de la condition humaine représente pour elle le point de départ de ses recherches et de ses réflexions philosophiques. Elle est l’auteur d’une dizaine de livre dont Penser le corps (2002), La pornographie ou l’épuisement du désir (2003), La fidélité ou l’amour à vif (2005), Alice au pays du porno (2005), Extension du domaine de la manipulation (2008), et “Le fascisme. Un encombrant retour ?” (2009)

9782246758518Dans son dernier livre, Le contrat de défiance, Michaela Marzano sous rappelle que sans la confiance entre individus, c’est toute la société qui s’écroule. La peur, la déraison, la faillite, la guerre, la paranoïa menacent. Pourtant , la judiciarisation des rapports contractuels, le désir de contrôle, la difficulté d’accepter notre part humaine de fragilité, sans laquelle la confiance n’existe pas, engendrent une société de défiance. Michaela Marzano nous donne dans son livre une perspective historique à la fois philosophique depuis l’Antiquité ( une époque où “trahir ses engagements était une faute impardonnable” et où s’imposait “la logique de l’honneur”, qui a désormais fait place à l’intérêt), mais aussi économique, en consacrant la première partie de son livre à la crise du crédit, et tout particulièrement à la banqueroute de Law en 1720, qui ébranla pour longtemps la confiance envers l’institution bancaire et la monnaie. L’auteur relève au passage qu’au cours de l’histoire, “le progrès de la civilisation réside avant tout dans la “confiance en soi”, permettant à chacun de se maitriser et de se dépasser, en engendrant le progrès général”. Nous sommes les héritiers de Rousseau (”Ce n’est qu’à partir du moment où l’on est capable de s’aimer et de se faire confiance, qu’on peut aussi aimer les autres et leur faire confiance”), et d’Adam Smith, qui fit du “self love”, la clé du développement économique. Cette société de confiance ne serait-elle pas dans le fond une société de “méfiance généralisée”, où l’échange est forcément “intéressé” ? La conviction de Michaela Marzano, est qu’il faut constater désormais que “la confiance en soi ne suffit pas” : la société de confiance est aujourd’hui un mythe sur lequel nous devons être lucide. Nous n’avons pas d’autre choix que de passer de “la confiance en soi à la confiance en l’autre”. L’auteur ne nous propose pas pour autant de tomber dans la logique de l’oubli de soi : “si la confiance demande un saut dans l’inconnu, elle ne peut-être “un saut dans l’abîme”, mais il nous faut néanmoins assumer que “faire confiance à une personne implique toujours une certaine forme de dépendance à son égard”. D’où la dernière partie du livre consacrée à “L’éloge de la dépendance”. A l’issue de son analyse, Michaela est convaincue, et trouve les mots pour nous convaincre que, “pour surmonter angoisse et soupçons, la solution n’est pas de contractualiser toutes nos relations et de maintenir les autres dans un espace d’où ils ne puissent plus nous menacer et nous trahir”, mais de faire “le pari de la confiance” : “mieux vaut risquer d’être trahi, que de perdre toute possibilité de s’ouvrir aux autres”. La confiance est une trace d’humanité qui nous renvoie à la fragilité et à la richesse de notre condition humaine. Si l’homme a besoin de se fier aux autres, c’est qu’il n’est pas tout-puissant : “Le pari de la confiance, c’est le pari de l’homme”.

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Et si l’économie cédait la place à la bioéconomie ?

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Grâce au Collegium International (dont je vous ai déjà parlé ici, et qui fait l’objet de l’épilogue du livre très intéressant de Michel Rocard “Si ça vous amuse”, que j’ai lu également avec intérêt pendant mes vacances ), j’ai eu la chance de rencontrer René Passet, un des plus érudits économiste Français, auteur d’un livre dont beaucoup pensent qu’il deviendra référentiel, intitulé ” Les grandes représentations du monde et de l’économie à travers l’histoire”. Un livre dense (920 pages), mais qui se lit très facilement, et trace une vision lumineuse de l’histoire économique, proposant une approche de l’économie mondiale transdisciplinaire et profondément humaniste.

PASSET-RENE-PHOTO-9-copie-1René Passet, 84 ans, professeur émérite à l’université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, est l’un des pionniers de l’approche transdisciplinaire en économie ainsi que du développement durable. Il fut le premier Président du Conseil Scientifique d’ATTAC (Associations pour la Taxation des Transactions financières et pour l’action citoyenne). Il a publié de nouveaux ouvrages parmi lesquels : L’Economique et le Vivant, couronné par l’Académie des sciences morales et politiques, L’illusion Néolibérale, ou Eloge du mondialisme par un “anti-présumé.

31839597_7965198Dans “Les grandes représentations du monde et de l’économie à travers l’histoire”, sous titré “De l’univers magique au tourbillon créateur”, René Passet nous livre une oeuvre majeure pour comprendre le monde dans lequel nous vivons au travers de l’histoire des paradigmes culturels, scientifiques, et économiques de la période la plus reculée à aujourd’hui. En déconstruisant toutes les théories économiques à l’aune de leur contexte religieux, social et culturel, il vise à reconstruire ce qu’il appelle une “bioéconomie”, une économie transdisciplinaire intégrée à l’ensemble de la biosphère, dans toute sa complexité, où la nécessaire destruction créatrice fait émerger les forces constructrices de l’immatériel, en harmonisant les deux sphères économiques et écologiques, tout en évitant ce qu’il appelle “les deux réductionnismes néfastes”, l’économisme ultra libéral qui détruit l’écosystème, et l’écologisme pur et dur qui prônerait un retour “passif” et “passéiste” à la nature.

René Passet repart de la métaphore qui veut que “Si le Big Bang a eu lieu il y a 3 semaine, la terre s’est constituée il y a une semaine, l’homme est apparu depuis trois minutes, le Christ est né il y a un quart de seconde, et la société industrielle a surgi depuis un quarantième de seconde”, pour nous rappeler à la fois que l’économie doit être remise dans sa dimension temporelle, mais aussi réintégrée dans la culture de son époque, et dans un champ spatio-temporel élargi. Convaincu, comme Thomas Kuhn, que “la science ne progresse pas par accumulation de savoirs, mais par changement du regard que les hommes portent sur le monde”, René Passet tente d’apporter un regard neuf sur l’histoire de l’économie, en identifiant quatre grandes époques.

Dans un premier temps, l’homme se vit d’abord plongé dans un univers magique, époque dominée par l’Eglise : “La volonté de Dieu et le pouvoir du Prince”. Puis s’est ouvert une seconde époque, avec Galilée et la découverte des lois physiques, suivi par Newton, Descartes ou Adam Smith où l’homme imagine le monde comme un ensemble d’équilibres parfaits, une sorte de grande horlogerie. L’époque suivante est dominée par l’enjeu énergétique, clé du développement industriel, avec in fine la remise en cause de ce monde figé : ” Le temps du monde fini commence”. C’est là qu’apparait l’époque contemporaine, fondée sur l’idée d’un monde complexe, dont l’évolution est faite de ruptures : Darwin et l’évolution, Schumpeter et la destruction créatrice, Einstein et la relativité en sont les précurseurs intellectuels.

Pour René Passet, l’économie connait aujourd’hui un nouveau bouleversement, un nouveau “tourbillon créateur” avec l’émergence de l’immatériel, “dominé par les forces de l’informationnel et de la relation”, qui rend selon lui définitivement caduque la thèse néolibérale. Avec l’informationnel et la complexité, c’est le vivant qui devient le modèle, nous conduisant à définir une “économie plurielle” qui doit laisser au passage son primat au politique, visant à une “rationnalité finalisée” qui introduit une logique de solidarité en faisant passer les individus du statut de variable d’ajustement à celui de finalité : ” Lorsque la vie de la planète est en jeu, c’est dans la solidarité et non dans la rivalité que réside la voie du salut commun”. La conviction de René Passet est que “la loi de la vie n’est pas l’équilibre, mais l’évolution, c’est à dire le déséquilibre par lequel les choses évoluent. Le monde est un système toujours inachevé, en voie de continuelle création: les choses ne sont pas, elles deviennent…Le monde “n’est” qu’en “devenant”.” Dans la lignée de son ami Edgar Morin (voir mon post #JourDu Penseur : ” “Et si notre désintégration devenait métamorphose ?”), René Passet appelle à la métamorphose de l’économie dans une bioéconomie inscrivant l’économie dans la biosphère, pleinement au service de l’homme, qui ne saurait être autre chose que sa seule finalité.

La-chrysalide

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Et si le big bang n’était pas l’origine de l’univers ?

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Comme tous les dimanches, c’est #JourDuPenseur. Avec aujourd’hui un livre que j’ai trouvé tout simplement génial, intitulé “Discours sur l’origine de l’univers”, écrit par le professeur que l’on rêverait tous d’avoir eu en physique : Etienne Klein. Ecoutez son cours en 5 minutes sur la formule “E=mc2″ dans la vidéo ci-dessus, et vous comprendrez pourquoi on a raison de penser que la vraie intelligence professorale est celle qui permet de rendre simple les sujets complexes. Je vous recommande également la vidéo : “La masse ou le poids ?”, dans la même collection, que vous pourrez visionner en cliquant ici.

KleinEtienne Klein est un physicien Français né en 1958. Alpiniste émérite, il est ancien élève de l’Ecole Centrale Paris et a obtenu un DEA de physique théorique. Il a par la suite effectué un doctorat en philosophie des sciences et obtenu une Habilitation à diriger des recherches (HDR). Il conduit aujourd’hui le laboratoire de recherche sur les sciences de la matière au Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et enseigne à l’Ecole Centrale. Il a notamment publié aux éditions Flammarion “Les tactiques de Chronos” en 2003, “Il était sept fois la révolution. Albert Einstein et les autres…” en 2005 et “Galilée et les Indiens” en 2008. L’un de ses grands talents réside dans son extraordinaire sens de la pédagogie : l’art de rendre simple les choses les plus complexes, en utilisant en permanence un langage imagé qui donne vie aux concepts mathématiques et scientifiques.

9782081228795Dans “Discours sur l’origine de l’univers”, Etienne Klein nous fait, dans un petit livre de 160 pages remarquablement accessible, la synthèse de toutes les réponses données à deux questions fondamentales : “D’où vient l’univers ?” et “D’où vient qu’il y a un univers?”, croisant les approches physiques et mathématiques dont il est expert, avec les approches métaphysiques et religieuses. Croisement car, comme l’aurait dit Jean-Paul II à Stephen Hawking : “Nous sommes bien d’accord, monsieur l’astrophysicien : ce qu’il y a après le Big Bang, c’est pour vous ; et ce qu’il y avant, c’est pour nous …”. Etienne Klein commence par nous rappeler toutes les grandes thèses , des mythes fondateurs Egyptiens, Grecs et Chinois, aux travaux des physiciens et astrophysiciens du XXème siècle (Einstein, Hubble, Lemaître…). Mais au delà de la synthèse des théories existantes, Etienne Klein nous fait partager de manière particulièrement convaincante une thèse qui va à l’encontre de nos idées reçues et de la lecture médiatique courante du Big Bang, posant la question fondamentale pour les chercheurs d’aujourd’hui : “Et si nous nous étions laissé abuser par une certaine façon de raconter le Big Bang et par ledit “instant zéro”, supposé coïncider avec l’explosion originelle qui aurait créé tout ce qui existe ?”. Car, si le Big Bang défini comme ” l’époque très dense et très chaude que l’univers a connu il y a environ 13,7 milliards d’années”, n’est aujourd’hui plus remis en question, il est, en genéral, associé à l’idée d’un “instant zéro” qui, lui, est de plus en plus remis en cause, depuis que l’on sait que la seule loi de la gravitation est insuffisante pour expliquer le phénomène, et qu’il faut également faire appel aux lois de l’interaction électro-magnétique, de l’interaction nucléaire faible et de l’interaction nucléaire forte . “Les physiciens ont fini par comprendre que le Big Bang ne correspond nullement à la création proprement dite de l’univers, mais simplement à un épisode particulier qu’il a traversé”. Il y aurait donc un univers avant le Big Bang.

Mais, pour comprendre le passé le plus ancien de l’univers, celui d’avant le Big Bang, il nous faut affronter et dépasser ce que les physiciens appellent le “mur de Planck”, c’est à dire comprendre les interactions de l’univers avant 10 puissance -43 seconde après le Big Bang, en élaborant ce qu’on appelle une “théorie quantique de la gravitation”. C’est l’enjeu des recherches menées actuellement dans les collisionneurs de particules. La plus célèbre de ces théories, est celle des “supercordes”, que j’avais évoqué dans cette rubrique de mon blog en mars dernier (”Et si l’univers avait plus de trois dimensions spatiales ?“), à l’occasion de ma rencontre avec Brian Greene, qui part de l’idée que “les particules ne seraient pas des objets ponctuels, mais des sortes de cordes vibrantes”. Si la théorie des supercordes est exacte, “le Big Bang tel que nous le connaissons n’a pas pu se produire”, car la température de l’univers ne peut-être infinie. Il est plus que probable qu’un univers a précédé notre univers avant l’événement du BigBang.

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Plusieurs hypothèses sont aujourd’hui explorées : certains parlent d’une évolution avant Big Bang symétrique à celle de l’après, dans une logique de rebond-miroir, d’autres scénarios imaginent que notre univers serait une sorte de drapeau à 4 dimensions (une “brane”), flottant dans un espace temps plus large que lui (avec l’idée que d’autres branes pourraient flotter à proximité de la nôtre (vidéo ci-dessus)), d’autres enfin, imaginent comme Stephen Hawking, un “univers sans bord”, sans limite, donc sans commencement. Mais le point commun de toutes ces analyses contemporaines, est que, dans tous les cas, l’”instant zéro” s’évanouit : il n’est qu’un point de passage, d’un avant à un après. Et même les physiciens qui mettent en cause la théorie des “supercordes” (en particulier les tenants de la théorie quantique à boucles, les chercheurs autour du”vide quantique”, ou les tenants de la thèse du “multivers”- notre univers serait un cas parmi d’autres) font l’économie d’un point zéro de la création. Selon Etienne Klein, ” tout se passe comme si le mariage de la physique quantique et de la relativité générale devait aboutir à l’abolition de la création de l’univers”… L’univers pourrait “être beaucoup plus vieux que l’âge qu’on lui attribue, voire ne pas avoir d’âge du tout”. D’autant plus qu’avec la matière noire et l’énergie sombre (voir l’excellent article du journal Le Monde hier à ce sujet), on a découvert récemment qu’une grande partie de l’univers nous était inconnue, la matière visible ne représentant que 3 à 4% du total. D’où la recherche d’une nouvelle “Théorie du tout”, et l’hypothèse disruptive que certaines lois physiques pourraient évoluer au cours du temps. Une théorie du changement qui ramène, ici encore, le Big Bang a un point de transformation et non à un point de naissance. Pour Etienne Klein, “Le début est une question sans fin” : l’origine de l’univers reste bel et bien un mystère, une question “qui peut avoir quelque chose de fermé, de circulaire, voire de tautologique qui nous ensorcelle”, là où, à la manière des chinois, il faudrait peut-être raisonner dans une logique d’évolution, de métamorphose, et non d’origine : ” Toute origine qu’on entraperçoit n’est jamais qu’une étape, qu’un commencement précédé d’un autre commencement”. Et si la vie et le monde se devaient d’être pensés en transitions continues et éternelles ? Un univers sans début… ni fin… L’univers a t’-il jamais commencé?

L-Univers

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Et si nous avions le climat social que nous méritons ?

Pour commémorer dignement le 500 ième post de ce blog, j’avais gardé quelques jours au frigo cette contribution de François Momboisse (auteur du #JourDuPenseur sur Platon que je publie demain matin). François nous livre ici une interprétation originale du choix symbolique de la date de notre Fête Nationale ;-) . Vous pouvez également retrouver d’autres contributions de François sur ce blog, en cliquant ici ou encore ici (car François est aussi un fan de Michel Serres).

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A l’occasion du conflit sur la réforme des retraites, on a beaucoup regretté l’absence de négociation de la part du gouvernement, regretté que nous n’ayons pas un climat social apaisé qui permette une vraie négociation, un vrai débat. On a cité en modèles nos voisins étrangers, ou ce genre de grande réforme se déroule souvent dans le consensus. Et on s’est étonné que la France soit le seul pays où des milliers de gens descendent dans la rue pour protester, voire le seul pays où quelques centaines de gens essaient de tout bloquer.

Mais je crois dans les symboles, et il me semble que ce qui nous arrive n’est pas un hasard : nous sommes aussi le seul pays qui a choisi comme fête nationale une date comme le 14 juillet 1789. Nous en sommes tous très fiers, nous pensons au tableau de Delacroix, où nous voyons le peuple en marche, le drapeau tricolore (et le décolleté de la porteuse de drapeau…), mais sans regarder les corps par terre.

Car le 14 juillet 1789, c’était d’abord une émeute de rue (une manif) victorieuse et symbolique, mais aussi sanglante et pas très productive: près de 50,000 parisiens ont pris la Bastille ce jour-là, à un moment où ce n’était plus une grande prison puisque n’y étaient enfermés que 7 prisonniers. Le gouverneur de la Bastille, M. de Launay, sera décapité au canif par la foule, et sa tête promenée au bout d’une pique dans les rues. Ce sera le début de la chute de la royauté, oui, mais sans même l’ébauche d’une solution alternative, comme on le verra dans les années qui suivent.

Nous aurions pu choisir comme fête nationale le jour de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (un mois plus tard, le 26 août). Ou encore le 14 juillet 1790, jour de la Fête de la Fédération, fête de réconciliation nationale où le Roi a reçu tous les Députés et a prêté serment à la Nation au Champ de Mars. Non, nous avons collectivement, droite comme gauche, pris comme fête de tous les Français le jour d’une émeute de rue, où la rue a “gagné” contre un symbole mais sans rien construire de positif, de commun à tous les Français.

Par contraste, tous nos voisins ont pris pour fête nationale un jour qui les a rassemblés:

– les Allemands ? C’est le 3 octobre 1990, jour de l’unité allemande (est et ouest), symbole positif de l’unification du pays.

– les Italiens ? C’est le 2 juin 1946, fête de la libération du pays uni, après la guerre.

– les Espagnols ? C’est le 12 octobre 1492, jour de la découverte de l’Amérique, où les Espagnols étaient unis (pour coloniser les indiens, ok..)

– les Suédois (objet de toutes les attentions avec leur retraite par points) ? C’est le 6 juin 1523, jour où ils se sont libérés collectivement des Danois.

etc…

Je serai ravi (quoique..) d’être contredit, mais je ne connais aucun autre peuple qui ait choisi comme fête nationale le jour d’une émeute de rue qui n’a pas abouti sur une manifestation concrète d’unité nationale : nous sommes les seuls au monde. Alors, ne nous plaignons pas des grèves, des manifs et des blocages, c’est dans nos gènes et en plus, nous en sommes fiers!!!

François MOMBOISSE

momboisse

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