Comme tous les dimanches, c’est #JourDuPenseur, avec aujourd’hui un livre de philosophie à mettre entre toutes les mains, que vient de publier Frédéric Lenoir, intitulé ” Petit traité de vie intérieure”, qui ne vous propose rien moins qu’une méthode pour vous aider à trouver le bonheur, en vous préoccupant moins de vos biens extérieurs, que de votre être intérieur.
Frédéric Lenoir, né en 1962 à Madagascar, docteur de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, est philosophe, sociologue et historien des religions (chercheur associé au Centre d’études interdisciplinaires des faits religieux). Il est également romancier, scénariste de bandes dessinées et auteur de théâtre (Bonté divine). Depuis 2004, il dirige la rédaction du magazine Le Monde des religions, un bimestriel édité par le groupe “Le Monde”, et qui aborde le fait religieux de manière distanciée. Depuis septembre 2009, il produit et anime une émission hebdomadaire sur France Culture : “Les racines du ciel”. Consacrée à la spiritualité, elle est diffusée le mardi soir à 21h. Auteur d’une trentaine d’ouvrages, il a codirigé trois encyclopédies. Ses livres sont traduits en plus de vingt langues. Co-fondateur de l’association “Environnement sans frontières”, il est fortement engagé dans la cause écologique et a écrit avec l’astrophysicien Hubert Reeves Mal de terre (2003).
“Exister est un fait, vivre est un art. ” Ainsi commence ce ” Petit Traité de vie intérieure”, qui est probablement un des livres de philosophie le plus facile d’accès qu’il m’ait été donné de lire. Cela tient au grand sens pédagogique de l’auteur, mais aussi à sa volonté de transmettre de manière pratique sa réponse à la question ” Comment mener une vie bonne, heureuse, en harmonie avec soi-même et avec les autres”. Pour y répondre , Frédéric Lenoir fait appel aux grands philosophes et sages de l’humanité, mêlant intelligemment pensée occidentale, avec Socrate, Aristote, Epicure, Montaigne, Spinoza ou Lévinas, à la pensée orientale, en particulier Bouddha ou Confucius. Pour Frédéric Lenoir, si “tout le chemin de la vie, c’est passer de l’ignorance à la connaissance, de la peur à l’amour”, l’accès à un bonheur vrai et durable relève davantage de la qualité de relation à soi-même et aux autres que de la réussite sociale et matérielle. Pour lui, la sagesse commence à la capacité de “dire oui à la vie” (voir vidéo ci-dessus), et par l’acceptation de ce qui est inévitable, pour se concentrer sur ce que l’on peut transformer. Et ce travail d’acceptation, “il nous faut également l’effectuer vis à vis de notre propre personne”, en nous appuyant sur ce qu’il appelle notre “foi-confiance”, et en suivant l’enseignement de Bouddha : “il faut nous armer psychologiquement à accepter l’imprévu”.
Il faut aussi, selon l’auteur, ne pas subir sa vie en apprenant à s’engager, et en devenant “un agent d’évolution du réel”. Comme nous le rappelle Spinoza, “la puissance d’agir accroît la puissance d’exister”, sachant que, pour Frédéric Lenoir, “chacun peu s’employer à créer le beau à côté de l’utile , et ce faisant, connaitre l’ivresse du processus créatif”. L’auteur nous conseille également d’apprendre à méditer, et d’apprenre à désapprendre, sachant que “le travail sur soi est aussi un laboratoire d’humanité”, permettant d’acquérir les vertus nécessaires à la domination de notre “esclavage intérieur” : les préjugés, les besoins, les désirs et les aversions qui nous conditionnent. Frédéric Lenoir va jusqu’à proposer un “chemin de libération intérieure”, qui passe par l’amour de soi (”L’amitié que chacun se doit” dont parlait Montaigne), et donne sens à la règle d’or ” Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas que l’on te fasse”, socle universel de la morale, qu’il propose de formuler positivement : “Fais à autrui ce que tu aimerais que l’on te fasse”. C’est le point de départ de la prise de conscience du rôle central de l’amour et de l’amitié (définie comme “communion des âmes”), qui conduit à la non-violence, au pardon, au partage et au refus de l’attachement aux choses matérielles. L’auteur nous rappelle au passage que l’échec n’est pas un drame et peut bien souvent devenir un événement positif (ça n’est pas @basiloo qui dira le contraire – cliquez ici), et que “seul l’instant présent est créateur”. Il compare la conception occidentale de la “mort” comme terme opposé de la “vie”, à la conception orientale où le terme est généralement opposé à la “naissance”. Il nous rappelle les effets bénéfiques de la distanciation par l’humour sur notre “vie intérieure”, regrettant que l’humour n’ait pas été “le fort des philosophes dans la longue tradition occidentale”et insiste sur le rôle de l’art, qui, comme le disait Rimbaud, nous aide à “inspecter l’invisible et entendre l’inouï”. Frédéric Lenoir conclut ce parcours philosophique visant à montrer que le bonheur relève de la vie intérieure, par un “addendum” croustillant : un dialogue inédit entre Socrate et Jacques Seguela (représenté sous la figure de Seguelus, aux côtés de Cretinus), visant à démontrer qu’une montre ne fait pas le bonheur , au contraire des éléments intérieurs de richesse.
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Ravie de découvrir cette critique sur un site de publicitaire (cela casse l’image 99 francs ou celle très bling-bling de JS).
2 questions cependant :
– F.Lenoir reprend effectivement les propos de Montaigne pour affirmer que “nous sommes nés pour agir” mais en évitant un écueil : l’hyperactivité. En effet, explique-t-il, “créer une distance avec ses émotions est nécessaire pour se réaliser et accomplir des tâches avec plus de justesse, d’acuité, de précision”. Quand je vois votre enthousiasme à la lecture de ce livre et que je découvre votre bio (Président d’un groupe de pub de 1800 personnes, président de l’association des agences de publicité, professeur à Sciences Po…) je me demande si vous arrivez à “poser vraiment votre verre d’eau boueuse sur une table pour que le liquide se décante”, et ainsi à construire une vision bonne et juste du monde et comment vous la partagez avec vos clients ?
– F.Lenoir explique que l’un des problèmes les plus graves de notre société est l’écart immense entre les plus pauvres et les plus riches (idée partagée par S.Hessel dont vous avez déjà parlé dans votre blog). Ces inégalités sont accentuées par le système libéral. Votre métier vous place au centre de ce même système libéral. Trouverez-vous donc le bonheur ?
Enfin, si vous ne l’avez pas lu et pour alimenter votre réflexion, un court roman de Laurent Gounelle “L’homme qui voulait être heureux”.
Un verre d’eau boueuse qui se clarifie, ou encore une montagne nuageuse balayée par le souffle de la méditation…le processus de méditation n’est-il pas comparable au processus créatif du publicitaire ? : Lâcher-prise, chasser de son esprit les idées superflues pour ne garder que l’idée “nirvanesque et universelle” qui tue.
Trouver des idées tout en se reposant : et si les créatifs avaient tout compris à la vie ?
Super bouquin en tous cas.
[…] Ce billet était mentionné sur Twitter par Bastien Chanot, Adngold. Adngold a dit: Et si le bonheur relevait de la vie intérieure? /by @nicolasbordas http://bit.ly/dFkArG […]
Bonjour, pardon de vous déranger (et de n’avoir même pas (encore) lu les textes ci-dessus, je cherche en vain depuis des mois l’endroit où se trouve la statue dont le visage doré orne cette page. Je suppose que c’est une statue et j’aimerais bien en savoir plus sur celle-ci et même à la voir en entier. Merci de me répondre.