Et si l’économie cédait la place à la bioéconomie ?

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Grâce au Collegium International (dont je vous ai déjà parlé ici, et qui fait l’objet de l’épilogue du livre très intéressant de Michel Rocard “Si ça vous amuse”, que j’ai lu également avec intérêt pendant mes vacances ), j’ai eu la chance de rencontrer René Passet, un des plus érudits économiste Français, auteur d’un livre dont beaucoup pensent qu’il deviendra référentiel, intitulé ” Les grandes représentations du monde et de l’économie à travers l’histoire”. Un livre dense (920 pages), mais qui se lit très facilement, et trace une vision lumineuse de l’histoire économique, proposant une approche de l’économie mondiale transdisciplinaire et profondément humaniste.

PASSET-RENE-PHOTO-9-copie-1René Passet, 84 ans, professeur émérite à l’université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, est l’un des pionniers de l’approche transdisciplinaire en économie ainsi que du développement durable. Il fut le premier Président du Conseil Scientifique d’ATTAC (Associations pour la Taxation des Transactions financières et pour l’action citoyenne). Il a publié de nouveaux ouvrages parmi lesquels : L’Economique et le Vivant, couronné par l’Académie des sciences morales et politiques, L’illusion Néolibérale, ou Eloge du mondialisme par un “anti-présumé.

31839597_7965198Dans “Les grandes représentations du monde et de l’économie à travers l’histoire”, sous titré “De l’univers magique au tourbillon créateur”, René Passet nous livre une oeuvre majeure pour comprendre le monde dans lequel nous vivons au travers de l’histoire des paradigmes culturels, scientifiques, et économiques de la période la plus reculée à aujourd’hui. En déconstruisant toutes les théories économiques à l’aune de leur contexte religieux, social et culturel, il vise à reconstruire ce qu’il appelle une “bioéconomie”, une économie transdisciplinaire intégrée à l’ensemble de la biosphère, dans toute sa complexité, où la nécessaire destruction créatrice fait émerger les forces constructrices de l’immatériel, en harmonisant les deux sphères économiques et écologiques, tout en évitant ce qu’il appelle “les deux réductionnismes néfastes”, l’économisme ultra libéral qui détruit l’écosystème, et l’écologisme pur et dur qui prônerait un retour “passif” et “passéiste” à la nature.

René Passet repart de la métaphore qui veut que “Si le Big Bang a eu lieu il y a 3 semaine, la terre s’est constituée il y a une semaine, l’homme est apparu depuis trois minutes, le Christ est né il y a un quart de seconde, et la société industrielle a surgi depuis un quarantième de seconde”, pour nous rappeler à la fois que l’économie doit être remise dans sa dimension temporelle, mais aussi réintégrée dans la culture de son époque, et dans un champ spatio-temporel élargi. Convaincu, comme Thomas Kuhn, que “la science ne progresse pas par accumulation de savoirs, mais par changement du regard que les hommes portent sur le monde”, René Passet tente d’apporter un regard neuf sur l’histoire de l’économie, en identifiant quatre grandes époques.

Dans un premier temps, l’homme se vit d’abord plongé dans un univers magique, époque dominée par l’Eglise : “La volonté de Dieu et le pouvoir du Prince”. Puis s’est ouvert une seconde époque, avec Galilée et la découverte des lois physiques, suivi par Newton, Descartes ou Adam Smith où l’homme imagine le monde comme un ensemble d’équilibres parfaits, une sorte de grande horlogerie. L’époque suivante est dominée par l’enjeu énergétique, clé du développement industriel, avec in fine la remise en cause de ce monde figé : ” Le temps du monde fini commence”. C’est là qu’apparait l’époque contemporaine, fondée sur l’idée d’un monde complexe, dont l’évolution est faite de ruptures : Darwin et l’évolution, Schumpeter et la destruction créatrice, Einstein et la relativité en sont les précurseurs intellectuels.

Pour René Passet, l’économie connait aujourd’hui un nouveau bouleversement, un nouveau “tourbillon créateur” avec l’émergence de l’immatériel, “dominé par les forces de l’informationnel et de la relation”, qui rend selon lui définitivement caduque la thèse néolibérale. Avec l’informationnel et la complexité, c’est le vivant qui devient le modèle, nous conduisant à définir une “économie plurielle” qui doit laisser au passage son primat au politique, visant à une “rationnalité finalisée” qui introduit une logique de solidarité en faisant passer les individus du statut de variable d’ajustement à celui de finalité : ” Lorsque la vie de la planète est en jeu, c’est dans la solidarité et non dans la rivalité que réside la voie du salut commun”. La conviction de René Passet est que “la loi de la vie n’est pas l’équilibre, mais l’évolution, c’est à dire le déséquilibre par lequel les choses évoluent. Le monde est un système toujours inachevé, en voie de continuelle création: les choses ne sont pas, elles deviennent…Le monde “n’est” qu’en “devenant”.” Dans la lignée de son ami Edgar Morin (voir mon post #JourDu Penseur : ” “Et si notre désintégration devenait métamorphose ?”), René Passet appelle à la métamorphose de l’économie dans une bioéconomie inscrivant l’économie dans la biosphère, pleinement au service de l’homme, qui ne saurait être autre chose que sa seule finalité.

La-chrysalide

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6 Responses to “Et si l’économie cédait la place à la bioéconomie ?”

  1. Les tweets qui mentionnent Et si l’économie cédait la place à la bioéconomie ?- Le blog de Nicolas Bordas — Topsy.com says:

    […] Ce billet était mentionné sur Twitter par nicolas bordas. nicolas bordas a dit: RT @AlanZaid: Et si l’économie cédait la place à la bioéconomie http://ow.ly/3ALuC […]

  2. Grimm says:

    Bonjour,

    Dans la même lignée, vous avez le livre de M.Martin-Pécheux : Bioéconomie et Solidarisme, ed Interkeltia (Prix Kyosei idées durables 2008).
    elle envisage l’humanité comme un organisme vivant, où les humains sont comparables au cellules, l’argent est comparable au sang, les services public aux fonctions vitales, etc.
    De la bonne santé de l’économie, dépend celle de l’humanité.
    Passionnant !

  3. Accent Grave says:

    Très intéressant. Je n’aurai sûrement pas le courage de lire cet ouvrage, quoi que le sujet m’intéresse beaucoup.

    Je discutte parfois de la chose avec ma fille qui est économiste mais qui évacue ma vision disons… qualitative de la chose. Je dis souvent qu’une croissance ne peut être éternelle, que notre système économique est une invention récente… etc.

    Je fais des liens avec l’histoire, avec l’homme et la société. Elle me parle de technicalité. Je me dis qu’elle est trop jeune et manque de recul!

    Bref, un monde nous sépare mais je devrais peut-être lui offrir ce livre.

    Accent Grave

  4. Et si l’économie cédait la place à la bioéconomie ? | Collegium International says:

    […] Et si l’économie cédait la place à la bioéconomie ? […]

  5. […] mai dernier à l’Unesco, où intervenaient 5 membres éminents du Collegium : Michel Rocard, René Passet, Edgar Morin, Bernard Miyet, et Peter Sloterdijk. A la veille du G8, le Collegium International […]

  6. […] de René Passet “Les grandes représentations du monde et de l’économie” (cliquer ici), ou de Peter Sloterdijk “Tu dois changer ta vie” (cliquer ici), beaucoup plus […]

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