Pour ce 72ème #JourDuPenseur, j’ai le plaisir d’accueillir une contribution de Brune Diricq, qui a lu pour nous deux ouvrages économiques qui vont dans le même sens, et défendent une thèse qui m’est chère et que j’avais moi-même également soutenu dans un article publié par Le Monde le 28 février 2006 sous le titre ” L’optimisme ? Un devoir civique” sous-titré . A l’opposé de l’optimisme béat, j’y mettais en évidence la nécessité d’un “optimisme de volonté”, qui devait partir “de la tête” et recréer les conditions de la confiance. Celà n’a jamais été autant d’actualité…`
Une récente étude a montré que les Français sont plutôt très pessimistes quant à leur avenir économique et à celui de leur pays ! Nous serions même les « champions du monde du pessimisme pour l’avenir», devant par exemple les Afghans ou les Vietnamiens… Les Français seraient ainsi 61 % à penser que leur situation personnelle va se dégrader dans les années à venir : crainte de déclassement de la part de la population, crainte de voir la France perdre sa position de puissance face aux pays émergents, crainte d’un âge d’or révolu. Et nombre de « déclinologues » scandent que la France va mal et qu’à cause de la crise, le pays ne pourra pas s’imposer en tant que puissance économique qui compte dans les décennies à venir. Alors, oui, un certain âge d’or est révolu pour notre pays : la volonté du plein emploi apparait de plus en plus utopique, la croissance n’est plus mécaniquement forte, les inégalités de salaire se creusent. Pour autant, ce « déclinisme » pourfendu par certains économistes français ne doit pas mettre le voile sur les atouts et les forces potentiels de notre économie.
Plusieurs économistes de qualité ont récemment publié un ouvrage présentant l’avenir de la France sous un jour optimiste. Tout d’abord, Les 30 glorieuses sont devant nous. Il est publié par deux jeunes femmes, Valérie Rabault et Karine Berger, 37 ans chacune, considérées comme les futures élites et économiques de notre pays et de la finance mondiale. L’une, Karine Berger, s’est assise sur les bancs des plus prestigieuses écoles, de Polytechnique, à l’ENSAE et Sciences-Po. Passée par le ministère des Finances, elle est aujourd’hui directrice de la stratégie Etude et marketing du groupe international d’assurance Euler Hermes et a été classée par Capital parmi les « Jeunes cracks qui préparent la relève ». Une citation qui n’a rien à envier à celle de l’autre auteur de cet ouvrage, Valérie Rabault, spécialiste des risques de marché sur les produits dérivés chez BNP-Paribas, considérée par le Financial News comme « l’une des 100 femmes les plus influentes de la finance européenne ». Les deux jeunes économistes en avaient assez de la France qui « se complaît dans son pessimisme ». Elles ont donc rédigé leur « économie fiction ». Toutes deux se sont attelées à imaginer la France et son économie en 2040 afin de montrer dans quelle mesure un état d’esprit défaitiste et fataliste était fallacieux. Selon le scénario qu’elles ont imaginé, la France a de nombreux atouts et peut en avoir encore tout autant en 2040. Mais pour cela, il est nécessaire de relever les forces et les faiblesses de notre pays pour appuyer les unes et contrebalancer les autres.
Pour parvenir à cela, Karine Berger et Valérie Rabault proposent un « Business Plan » ancré dans une ambition européenne, appelé « France européenne 2040 ». Celui-ci préconise d’investir massivement dans trois, et seulement trois, secteurs : l’énergie, la santé et les transports. Elles choisissent ces secteurs parce qu’ils ont les effets de levier sur la productivité les plus forts, et que la perspective de la demande mondiale y est la plus élevée, avec des positions déjà solides de la France. « Historiquement, la France a des atouts dans ces secteurs : elle a été capable d’innover et de développer de grands groupes comme Bouygues, Total ou la SNCF (…). Mais elle est en perte de vitesse, car elle a arrêté d’investir dans ces grands secteurs industriels. Donc, nous disons simplement : commençons par ce que l’on sait faire, c’est là qu’il faut mettre de l’argent », explique Karine Berger. L’aménagement du territoire, leur quatrième priorité, est également fondamentale selon elles. Il inclut l’éducation, afin de « casser la logique de ghettoïsation qui marginalise les individus et les prive de leur chance de participer à la prospérité générale ». Mais où trouver l’argent ? La réponse des deux économistes est nette : dans la dette et dans la relance des partenariats public-privé pour les investissements les plus lourds. Certes cela impose de jouer serré en ces temps de crise, mais un tel plan accompagné « d’un engagement ferme de discipline budgétaire, quel que soit le calendrier politique, pourrait être de nature à renverser la charge de la preuve », écrivent les deux économistes. Enfin, il faut selon elles « accepter l’idée que sans immigration, nous courons au suicide collectif ». Les dépenses sociales vont augmenter avec le vieillissement de la population et la croissance sera insuffisante pour les payer. Il faut empêcher le scénario de l’Insee de se réaliser : à savoir une personne sur trois de plus de 65 ans en 2040. Pour retrouver une pyramide des âges équilibrée, il faut passer de 100 000 immigrés par an à 300 000. Sans ignorer la réticence de l’opinion, les deux économistes considèrent que c’est l’immigration unitype que repousse l’opinion. Or c’est ce qu’elle sera si le reste du monde voit la France comme un pays vieux et fermé. Il faut donc recréer une image attractive de la France dans le monde pour donner envie aux ingénieurs brésiliens ou indiens de venir travailler dans l’Hexagone. De cette façon, la France compterait, en 2040, 80 millions d’habitants et pourrait composer avec la population la plus jeune d’Europe. Selon ces projections, le pays pourrait alors compter sur un taux de chômage de 5,5% en 2040.
En publiant « Le fabuleux destin d’une puissance intermédiaire », un autre économiste de renom, le bien connu et médiatique président du Cercle des économistes Jean-Hervé Lorenzi, s’inscrit lui aussi dans une vision optimiste de notre économie. Mais la thèse de celui-ci est différente de celle des deux jeunes femmes. Si Karine Berger et Valérie Rabault en appellent au modèle économique et social des Trente Glorieuses, pour Jean-Hervé Lorenzi, c’est plutôt l’état d’esprit de cette période qu’il faudrait retrouver. Car pour lui, le principal frein qui empêche la France de rebondir est d’ordre psychologique. Selon lui, les Français doivent d’abord faire le deuil de l’hyper puissance qu’ils fantasmaient et s’accepter en tant que nation intermédiaire. Alors ils auront les bonnes lunettes pour imaginer les contours de l’avenir économique français et réaliser que la France est, et peut rester la sixième puissance économique mondiale, et disposer donc d’atouts pour s’imposer dans la nouvelle cartographie mondiale qui se dessine.
Jean-Hervé Lorenzi souligne d’autres atouts français qui permettent d’imaginer un avenir solide pour l’économie française. Il met notamment l’accent sur « notre excellent taux de natalité » ainsi que sur « le goût bien réel des Français pour le travail ». « La capacité d’épargne de nos citoyens, la croissance démographique, la vitalité des entreprises sont des signes fondamentaux qui prouvent que la France ne va pas aussi mal que le pensent ses dirigeants et ses médias. Les centaines de milliers d’auto-entrepreneurs, les initiatives qui visent à combattre le chômage des jeunes, à trouver des débouchés aux talents dont le pays fourmille, à combler les inégalités sont autant de bonnes raisons de se remettre à y croire. » Le président du Cercle des économistes affirme que le frein qui empêche la France de rebondir est principalement psychologique. Le discours récurrent des « déclinologues » génère du pessimisme, alors que « la France a besoin d’y croire ». « Le pessimisme est un rideau de fumée tenace : il détourne le regard du dynamisme et de la créativité qui émergent au cœur de la société française. » Il faut retrouver le souffle de confiance qu’a traversé justement la période des Trente Glorieuses. Et au-delà de cette foi en la France, l’économiste préconise plusieurs facteurs de réussite à préserver ou à envisager, parmi lesquels on trouve la cohésion sociale, l’idée d’un contrat de travail unique, ou encore une fiscalité du travail allégée. Pour Jean-Hervé Lorenzi, l’optimisme ne s’arrête pas à cet ouvrage. Il a créé un site internet, tousoptimistes.com, visant à être une vitrine des réussites de notre économie ainsi qu’une boite à idées de nos bonnes pratiques économiques et financières. Un site où se plonger pour se rassurer sur l’avenir de la France. Parce qu’en France, comme dirait un célèbre slogan publicitaire, nous n’avons pas de pétrole, mais nous avons des idées … et des économistes qui nous donnent quelques raisons d’être optimistes !

Connaissez-vous cette initiative qui rejoint votre idée? http://www.lafranceestunechance.com/