ET SI LA CONFIANCE AVAIT PLUS BESOIN DE SINCÉRITÉ QUE DE TRANSPARENCE ?

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Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de consacrer notre #JourDuPenseur dominical, non pas à un livre, mais à un remarquable documentaire intitulé « LE CHEMIN DE LA CONFIANCE », conçu par ELEPHANT, la société de production d’Emmanuel Chain et de mon vieux camarade Thierry Bizot. Ce documentaire de 30 minutes, produit en collaboration avec Entreprises Et médias (l’Association qui réunit les directeurs de la communication des grandes entreprises et organisations en France, présidée par Jacques-Emmanuel Saulnier, directeur de la communication du groupe Total ), convoque des philosophes (Michel Eltchaninoff et Myriam Revault d’Allonnes) et des experts (le journaliste Christophe Barbier, le photographe Yann Arthus-Bertrand, le docteur en neurosciences Albert Moukheiber et le consultant-écrivain du BCG :Mathieu Menegaux), pour s’interroger sur le climat de défiance qui mine la relation entre les institutions et les citoyens, les entreprises et les consommateurs. Ils questionnent tour à tour les notions de «TRANSPARENCE », de « VÉRITÉ », et de « SINCÉRITE », pour donner à réfléchir sur la crédibilité de la parole politique et corporate des entreprises, face à des publics de plus en plus méfiants. Démontrant de manière imparable que l’injonction de transparence est en fait l’ennemi de la confiance, et que seule la sincérité de l’engagement est de nature à restaurer la confiance. J’ai eu le plaisir de participer au débat suivant la première projection du film aux côtés de Maggy Frances, Emmanuel Chain et Jacques-Emmanuel Saulnier, et je remercie Hérvé Du Verne, patron d’ELEPHANT AT WORK, de m’avoir permis de vous donner accès à l’intégralité du documentaire (vidéo ci-dessous), en première exclusivité mondiale sur ce blog ! ;-)

Les discours des émetteurs publics, qu’ils soient d’ordre politique ou économique, sont désormais passés au crible en temps réel. Des réseaux sociaux à Yuka, toute forme de communication est scrutée dans une recherche permanente d’hyper-transparence. Mais cette hyper-transparence est-elle vraiment de nature à générer la confiance ? On peut en douter. Le philosophe Michel Eltchaninoff nous rappelle que si la transparence a été érigée en vertu au Siècle des Lumières pour lutter contre toutes les formes d’obscurantisme, « L’exigence de transparence est devenue une injonction », créant des effets contre-productifs sur la confiance dans un monde de plus en plus surveillé, où tout le monde soupçonne tout le monde, au point de remettre en cause certaines de nos libertés les plus fondamentales dont le droit à l’intimité n’est pas le moindre. Myriam Revault d’Allones abonde en son sens en nous rappelant que toujours plus de transparence signifie toujours plus de soupçons, au risque, comme le rappelait Robespierre, que l’on devienne chacun « suspect à soi-même » dans une Société devenue Totalitaire. Pour la célèbre philosophe, la Démocratie n’est pas la transparence. Et elle n’est pas non plus la clé de la confiance, qui est un mélange de Savoir et de Foi (de latin fidere ). Il n’y a pas de Démocratie sans confiance, mais il n’y a pas non plus d’Economie sans confiance. La confiance est indispensable au contrat et nécessaire aux échanges. Contrairement à la transparence qui est figée dans le temps présent, la confiance est un rapport à l’avenir, qui permet de se projeter et de créer. Et la condition nécessaire d’accès à la Vérité, qui comme l’exprimait Kafka, «est une, mais a plusieurs visage». Michel Eltchaninoff va jusqu’à considérer la post-vérité, conséquence de la défiance vis à vis de ceux qui possèdent le pouvoir et le savoir, comme une forme de réponse à l’injonction de transparence : « Peu importe que ce soit vrai ou faux, du moment que cela me conforte dans mes croyances, mes convictions préalablement établies qui m’aident à vivre ». D’autant que, comme l’explique le docteur en Neurosciences Albert Moukheiber, « on a plus tendance à faire confiance aux personnes qui se trouvent dans notre cercle social » et à des opinions qui sont proche de notre opinion de base ». Les « fake news » sont souvent plus confortables et plus simples pour le cerveau. La vérité est insaisissable d’autant qu’elle est concurrencée par le relativisme des opinions à laquelle la viralité des « fake news » fait écho.

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Pour Aristote « Est vrai, ce qui est conforme au réel ». Or, pour que la vérité soit conforme au réel, il faut de l’honnêteté intellectuelle et de la sincérité. Une sincérité « sincère », et non une sincérité construite : « Rien n’empêche tant d’être sincère que d’avoir envie de le paraître ». La sincérité vraie suppose donc une posture d’humilité. : si le discours est trop standardisé, trop codé, trop parfait, on n’aura moins confiance que s’il a des aspérités et s’il n’est pas parfaitement lisse. La réponse possible est dans une forme de naturel et de spontanéité de nature à rétablir un lien humain entre les gens qui parlent, dans la confiance. C’est pourquoi les grandes entreprises et institutions doivent la sincérité, à leurs salariés d’abord, à leurs clients surtout et enfin à leurs actionnaires. Ca n’empêche pas le marketing, mais il est impératif de jouer la carte de la sincérité bien réelle, au travers d’un discours constructif qui assume une part d’incertitude. Même si la transparence restera une exigence forte, elle ne peut pas se substituer à un discours qui vise à emmener les autres dans un projet d’avenir qui comporte nécessairement des aspects non transparents, opaques, inconnus. Ce n’est pas parce que l’avenir est incertain que cela doit nous empêcher de nous orienter vers le futur. Les grecs distinguaient à juste titre le Skopos (le but) et le Telos (l’orientation). Cette question du projet commun est, et sera, de plus en plus centrale. D’où la réflexion croissante des entreprises sur leur raison d’être, chantier qu’elles doivent nécessairement inscrire dans une grande exigence de sincérité, en assumant le fait qu’elles ne peuvent être parfaites, mais qu’elles se doivent d’être lucides sur les progrès à effectuer pour mettre leurs actes en accord avec leur parole. On peut rêver d’une langue parfaite, de la communication idéale qui serait le langage presque sans texte de la transparence, qui serait l’exposition de ce qui est, la surveillance permanente de ce qui est, mais il est préférable de défendre l’idée de promesse qui engage celui qui la tient, et qui cherche à emporter l’adhésion du destinataire parce qu’elle est porteuse d’avenir, non pas au travers de la surveillance suspicieuse, mais dans la prise de risque en commun. La transparence nous fige, là où la sincérité nous pousse à progresser.

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